Avant tout…
Il ressort des enseignements des Sages d’Israël que la profondeur de la Torah est insondable. L’homme ne pourra en découvrir qu’une mesure qui sera tributaire de ses propres limites. En d’autres termes, toutes limites imposées à la Torah ne seront que le miroir des limites de celui qui les aura érigées.
Pour oser une analogie qui me semble intelligible à notre époque, prétendre parvenir à sonder la profondeur de la Torah, donc à la délimiter, équivaudrait à saisir dans toute sa conscience et dans toute son intelligence cognitive tant la petitesse de notre planète par rapport à notre soleil, que la distance qui nous en sépare ainsi que la chaleur qui en émane à sa source, avec la même précision et la même conscience absolue que se jeter du dixième étage d’un immeuble serait fatal. C’est chose impossible pour l’esprit humain qui est confiné dans un référentiel de mesures bien trop limité.
Alors que dire de notre planète ridiculement minuscule et véritablement insignifiante au regard de la Voie Lactée ou, pire, au regard de l’Univers dans son ensemble ? Pour ainsi dire, il en va de même pour la Torah qui, selon cette analogie inévitablement réductrice, serait l’Univers dans son entièreté…
Bien entendu, ceci ne doit en aucun cas empêcher l’homme d’étudier la Torah au mieux de ses possibilités et de ses capacités. Nous sommes malgré nous de facto limités. Nous n’avons d’autre choix que celui d’évoluer dans un système « espace-temps » où ses lois s’imposent à nous. Nous évoluons dans un système où absolument tout a un début ainsi qu’une fin. Notre monde matériel est par excellence le monde des limites.
C’est d’ailleurs aussi en ce sens que l’on peut comprendre les premiers versets de la Torah qui, d’une certaine manière, démarre avec la « création et la mise en place » de « jours » et donc de repères temporels. Un premier « schéma » ou une première « structure » de limite s’y dévoile. On y découvre un « édifice » construit sur le chiffre « 7 » qui se compose d’un système de fonctionnement « 6 + 1 ». La Torah infinie, « artisan » des mondes[1], s’inscrit dans notre univers matériel du limité et de la finitude.
Ainsi, dans Sa Grande Bonté, Hachem a donné Sa Torah à Israël. La Torah est écrite en hébreu. Toutefois, si je peux oser m’exprimer ainsi, Hachem nous a donné une possibilité de l’approcher par l’intermédiaire d’un langage universel : les chiffres. En effet, chaque lettre de l’alphabet hébreu est porteuse d’une valeur numérique.
Lorsque des mots ou des versets du Tanakh[2] sont animés par des valeurs numériques identiques, les Maîtres d’Israël nous enseignent qu’ils sont dès lors, pour ainsi dire, animés par une énergie commune qui les lie[3]. C’est comme s’il existait des « interactions, des liens ou des connexions métaphysiques » sous-jacents au monde des lettres.
Précisons qu’un chiffre isolé, ou seul, ne veut rien dire. Il doit être « contextualisé ». Le langage mathématique qui habite le Tanakh doit se mouvoir en « orbite intime » autour de son noyau qu’est le texte écrit. Il doit également impérativement se coller aux enseignements des Sages d’Israël ainsi que les « embrasser ». C’est effectivement le texte écrit, « agrémenté, développé et explicité » au travers des commentaires des Sages d’Israël, qui établira une fondation propre, solide et fiable qui nous permettra de tenter d’interpréter le plus justement possible l’univers des nombres qui se dévoilera à nous.
Les Maîtres d’Israël nous enseignent donc que ce « chant » mathématique enfoui au coeur des lettres est un langage codé très complexe et opaque. Avec l’aide d’Hachem, prudemment, nous allons dans ces courtes études tenter d’effleurer du bout du doigt la couche la plus extérieure de ce diamant inestimable.
En conclusion, il me semble évident que soutenir son étude de la Torah par l’intermédiaire de ce langage numérique codé pourra nous enrichir sur au moins 3 aspects :
- L’élévation et le renforcement de notre « foie », de notre émounah אמונה ;
- L’élévation et l’approfondissement de notre étude par des liens numériques ou énergétiques non visibles au travers des lettres seules ;
- L’élévation potentielle de notre compréhension de l’Homme, donc de nous mêmes, ainsi que de certains mécanismes « métaphysiques » régissant notre monde au travers de la mise en exergue de « canaux » ou de « flux énergétiques » invisibles sans les valeurs numériques ou énergétiques.
Puisse Hachem nous protéger dans notre démarche. Puisse-t-Il nous préserver de la faute et de l’erreur.
אמן ואמן
[1] Michlei (Proverbes) 8,30 : « ואהיה אצלו אמון ואהיה שעשועים יום יום משחקת לפניו בכל עת »
[2] L’ensemble des Textes dits Sacrés se dit en français « la Bible ». En hébreu, cet ensemble se nomme « TaNaKH תנך ». T/ת pour Torah תורה ; N/נ pour Prophètes/Néviim נביאים ; KH/כ(ך) pour Hagiographes/Khétouvim כתובים. Le TaNaKH תנך comprend 24 livres au total. La Torah en compte 5 sur les 24.
[3] Voir notamment le livre du Rav Abraham Aboulafia « Lumière de l’Intellect/Or hasékhel אור השכל ». Editions de l’éclat/Beit ha-Zohar, traduit et annoté par Michaël Sebban, page 104 à 109.
